La solution est le dialogue national

http://www.lesoir-echos.com/2011/05/12/la-solution-est-le-dialogue-national/

Hind Kabawat est une avocate syrienne de confession chrétienne vivant à Damas. Rencontrée par Le Soir échos, elle exprime son point de vue sur les manifestations qui secouent actuellement son pays et revient sur l’importance de préserver le multiconfessionnalisme de la société syrienne.

Le pays est secoué depuis le 15 mars par un mouvement de contestation. Quelles sont exactement les revendications des manifestants ?
Les manifestants n’appellent pas tous à la chute du régime. Leurs demandes sont simples, ils souhaitent plus de liberté et de justice sociale, des mesures contre la pauvreté et la corruption, ainsi que le droit de manifester librement. Après le début du mouvement, les manifestants se sont heurtés à la violence du gouvernement. Les marches se sont terminées dans le sang, sans dialogue. C’est à cause de la violence que la contestation s’est accrue et que certains demandent le changement du système. Mais la majorité ne veut pas réellement un changement de régime.

Pourquoi se heurtent-ils à une telle répression ?
Par manque d’habitude ! Le gouvernement et notre société n’ont pas l’habitude de gérer ce genre de manifestations, ils sont paranoïaques. Certains membres du pouvoir sont partisans d’utiliser la violence, et ce sont ceux-là qui gouvernent pour le moment. Mais la solution est dans le dialogue national.

Certains pays occidentaux ont évoqué une intervention en Syrie, suite à la violence dont fait preuve le régime. Comment cette option est-elle vue par les Syriens ?

Les Syriens sont contre tout type d’intervention internationale. Nous devons résoudre nos problèmes par nous-mêmes. Dans le passé, toutes les interventions internationales ont apporté la guerre. La violence appelle la violence. En Irak, ils ont eu Saddam Hussein, et regardez l’Irak maintenant ! Il n’y a plus un seul chrétien irakien. Ils ont tous fui. L’administration Bush disait qu’il suivait la Bible, mais ce n’est pas la religion chrétienne ça ! Si c’est cela, moi-même je ne veux pas être chrétienne. La religion dit de ne pas tuer.
Près d’un million d’Irakiens vivent réfugiés en Syrie. Comment les Syriens les ont-ils accueillis ?

L’arrivée massive d’Irakiens sur le sol syrien est le résultat de la guerre en Irak. Nous, les Syriens, étions opposés à cette guerre. Aujourd’hui, ce sont les Syriens qui payent le prix de cette intervention américaine. Nous accueillons les Irakiens et nous partageons avec eux notre pain quotidien.

La Syrie est un État laïque. Comment se passe la cohabitation entre les différentes confessions religieuses ?
Nous vivons, travaillons et allons à l’école ensemble depuis longtemps. Même sur le plan politique, dans les années 50, le Premier ministre Farès Al-Khory était un chrétien [de 1954 à 1955 ndlr]. Nous vivons très bien tous ensemble. Maintenant, certains essayent de faire valoir le sectarisme. Mais nous n’accepterons pas que certains nous dressent les uns contre les autres. Il faut prôner la citoyenneté et le dialogue national. Nous devons penser à notre pays. Si le bateau national coule, nous en pâtirons tous, chrétiens comme musulmans.

Propos recueillis par Céline GIRARD